Je passe encore régulièrement mes dimanches matin entre les allées du Marché Vernaison, aux Puces de Saint-Ouen, à retourner des broches dans les bacs en carton. La plupart du temps, la valeur d’une pièce ne se lit pas dans son éclat, qui peut tromper, mais dans trois détails que les vendeurs pressés négligent : le poinçon, le fermoir, et la signature au dos. Voici comment les lire.
Les poinçons français : le premier réflexe
En France, l’orfèvrerie est réglementée depuis le XIXe siècle par un système de poinçons de garantie qui indique le métal et son titre. Trois marques reviennent le plus souvent sur les broches anciennes :
- La tête d’aigle garantit l’or, aux titres 750, 585 ou 375 millièmes selon la période. On la trouve minuscule, souvent sur le fermoir ou la bélière.
- La Minerve, tête casquée de profil, garantit l’argent : le chiffre à côté (1 ou 2) indique le titre, 950 ou 800 millièmes.
- Le crabe est un poinçon d’importation : il signale un bijou en métal précieux fabriqué à l’étranger puis entré en France, avec une garantie de titre minimale.
Ces poinçons sont souvent à peine visibles à l’œil nu — une petite loupe de bijoutier (grossissement x10) change tout. Sur une broche fantaisie en métal doré, en revanche, vous ne trouverez jamais de poinçon officiel : c’est justement ce qui doit orienter votre lecture vers la signature plutôt que vers le métal.
Un poinçon est une marque officielle, apposée par gravure ou frappe, qui atteste le titre d’un métal précieux et engage la responsabilité de celui qui l’appose : c’est une garantie légale, pas une simple décoration.
Le fermoir, une datation presque aussi fiable que le poinçon
Le système d’attache d’une broche a beaucoup évolué, et son mécanisme trahit assez précisément une fourchette de fabrication :
- L’épingle en C, un simple crochet ouvert sans cran de sécurité, est typique de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1910. Facile à perdre, elle a été abandonnée pour des raisons pratiques évidentes.
- Le fermoir à rouleau, une sorte de charnière tubulaire qui pivote pour verrouiller l’épingle, apparaît au début du XXe siècle et domine dans les années 1900-1920.
- Le fermoir de sûreté, avec son cran refermable en forme de crochet articulé, se généralise à partir des années 1930 et reste la norme aujourd’hui : c’est un bon indice qu’une pièce est soit plus récente, soit qu’elle a été réparée.
Une broche ancienne dont le fermoir a été remplacé perd un peu de son authenticité aux yeux des collectionneurs les plus pointilleux, mais reste tout à fait portable et désirable — c’est simplement un élément à négocier au moment de l’achat.
Les signatures qui font grimper la cote
Pour la bijouterie fantaisie (métal doré, strass, verre taillé), c’est la signature gravée au dos de la pièce qui fait toute la différence. Quelques noms à connaître par cœur avant de fouiller un vide-grenier :
- Trifari, la référence américaine des années 1930-1960, célèbre pour ses broches figuratives (animaux, fleurs) en pâte de verre et strass invisibles.
- Coro, autre maison américaine prolifique, souvent associée aux fameux « Duettes », des broches doubles clipsables.
- Chanel, dont les pièces vintage étaient en grande partie réalisées par la maison Gripoix, avec des perles de verre coulé caractéristiques.
- Lanvin et Yves Saint Laurent, dont les bijoux fantaisie des années 1970-1980, plus sculpturaux et colorés, sont aujourd’hui très recherchés en broches et en boutons de veste.
Une signature nette, profondément gravée (pas moulée en creux dans le métal fondu) est déjà un bon signe : les contrefaçons récentes ont souvent une gravure floue ou mal centrée.
Où chiner, concrètement
Aux Puces de Saint-Ouen, le plus grand marché d’antiquités au monde selon plusieurs guides touristiques, deux marchés se prêtent particulièrement à la chasse aux broches : le Marché Vernaison, le plus ancien du site, dédié aux petits objets et à la bijouterie ancienne dans un dédale d’allées à taille humaine, et le Marché Paul Bert-Serpette pour les pièces plus « design ». Prenez le temps d’y retourner plusieurs dimanches de suite : les mêmes stands renouvellent leur stock, et l’œil s’affine à chaque visite.
Et si cette broche fantaisie vous donne envie de composer une tenue autour d’elle, j’en parle régulièrement du côté de la rubrique mode & style — sans oublier, une fois la pièce authentifiée, de la faire briller avec les bons gestes détaillés dans notre rubrique bijoux & joaillerie.



